Du plomb dans les veines, des coulées d'acide au creux de l'estomac... l'humain a la très nette propension a s'affliger lui-même des souffrances morales qu'il sait à l'avance ne pouvoir supporter... I hurt myself today, just to see if I still feel... comme si la douleur était nécessaire pour conforter son sentiment d'existence... à défaut d'autre chose, à défaut du reste... Il est étonnant de voir comme la douleur physique fait peur, combien, en règle générale on la craint, mais que l'on est capable de s'infliger soi-même des tortures mentales terrifiantes et inutiles... ou d'aller chercher, comme une punition, ces mots tranchants qui nous découpent les entrailles, ces mots qui défilent comme des images cruelles... et puis il y a ces illusions aussi, celles que tu construis sur ces cendres, celles que tu sais vaines dès le départ, mais que tu ne peux chasser de ton esprit, ces mirages sur lesquels tu te lances pour t'écraser lamentablement, pour bien te prouver que ce n'était qu'illusions, et sentir leur poison pernicieux te ronger l'intérieur...
Lose another blind game. Pour pour écouter les résultats (allez (re)découvrir le Chrysler de Dashiell Hedayat (la 20) et le Fucking sunny day de Lambchop).
Today's another day... Les gouttes de pluie éparses semblaient cristalliser la poussière sur les trottoirs asséchés par la chaleur de ces derniers jours. Les murs de la ville et le ciel formaient un tunnel gris. Une sorte d'enveloppe terne et mollassonne. Comme si tu avais décalqué la consistance de tes pensées autour de toi... Elle est marrante cette chanson, légère, insouciante, festive... pourtant en complet décalage avec ce soir mais peu importe... il faudrait parfois, que tout soit aussi simple à demander qu'une chanson... mais de peur de la réponse, tu finis par préférer taire tes questions. Etrangement, dans ton esprit fatigué, Amour fou te semble plus proche de torride, passionné, lourd, alors qu'en anglais, crazy love, paraît plus délirant, plus fou mais aussi plus léger... plus vivable en un mot... encore faut-il pouvoir le vivre...
Catch me if i fall, I'm losing hold... Ca s'arrête trop vite, trop brusquement. Tu restes avec tes doutes, tes interrogations, tes craintes, tes espoirs. Sans savoir quoi en faire. Your voice is dead... Il avait prévenu l'autre hier, Friday, friday... on y est et les murs suintent tellement, on dirait des larmes. Perfect moments wait, If only we could stay... C'est la tempête intérieure, des luttes intestines. Et toujours cette grosse basse trainante, comme une ombre fantomatique, tentant d'éponger toute cette poisse. Tu restes là, figé, n'osant ni craindre ni espérer. Please, Say the right words... La musique, le rythme hypnotique et lancinant comme des échos douloureux, le brouillard épais de tes pensées, presque palpable, dense, des voiles de brume devant tes yeux, et l'acide des doutes qui a tout rongé à l'intérieur..."I went away alone, With nothing left, But faith"... même pas sûr...
Friday, friday, friday..., 159 fois paraît-il... C'est toujours étonnant, ces musiques qui restent indéfectiblement attachées à des lieux, des personnes, des instants... cet après-midi au bureau, dans la chaleur, cette chanson qui arrive comme ça, et ces paroles comme un marteau Friday, friday, friday..., enfonçant le clou des souvenirs qui vrillent les nerfs, comme ça sans prévenir, t'explosant à la gueule... ces trottoirs sous le soleil malgré le froid, cette ville... le reste... pas aujourd'hui, pas aujourd'hui... Un disque que l'on choisit presque au hasard sur le lecteur, le casque sur les oreilles. Et la magie d'un de ces petits instants de rien où la chanson est tellement dans le rythme, tellement dans l'instant, dans l'ambiance, dans l'atmosphère que tout se rejoint de manière surprenante, comme si, dans le ciel, on ouvrait juste un peu les nuages pour qu'un rayon, juste un seul, tombe sur tes épaules. Pourtant tu ne saurais dire ce qu'elle a de spécial cette chanson. Elle était juste en parfaite harmonie avec cet après-midi là, sous le soleil malgré le froid, dans cette ville loin d'ici, sur ces trottoirs que tu arpentais seul un peu au hasard, en rythme, d'un pas ferme et enlevé, la tête parfois levée, pour sentir le feu pâle de ce soleil d'hiver sur ton visage, et un certain plaisir à fleur de peau, un plaisir trop rare, envolé... Comme tu as bien fait de le savourer cet instant là... parce que derrière... Et cet après-midi, dans la chaleur moite du bureau, cette chanson qui te tombe dessus par hasard... Friday, friday, friday... tu peux gueuler, ça tombe bien, on est jeudi, mais parfois, parfois... putain de chanson...
"There's always something in the air sometimes... Just wanna shout what the fuck... Yeah"
"Y a des quais de gare des soirs d'hiver qui t'filent une méchante envie de chialer..." Ce n'est pas l'hiver, il n'y a pas de gare, encore moins de quai... n'empêche... un train... tu en prendrais bien un pour quelque part. Pour quelqu'une plutôt. Ou un avion. Partir. Les transports amoureux doivent être en grêve... une fois que le vent à chassé les paillettes des nuits animées on se retrouve seul au bout du quai, une valise à chaque bras, remplies de toutes ces histoires perdues et ça commence à faire lourd... perdu au bout du quai... quand nulle part est partout... quand partout devient nulle part... C'est le soleil, la chaleur aussi, ce cri qui monte, une rage sourde, ou la fatigue dans les veines... des arcs électriques sur l'épiderme... une brûlure incertaine au creux du ventre... et l'envie de te laisser consumer... ce soir, ce soir, comme tous les soirs...
Tu en as loupé tant et tant que parfois tu ne peux plus regarder le soleil de honte... pourquoi cette photo te fait penser à PJ... les pensées traversent toujours hors des clous... tu en as loupé tant et tant et ça continue, dans un sens c'est ce qui donne de la valeur également, la rareté... Tu as rêvé de Polly Jean une nuit... probablement à cause d'une photo d'elle où tu l'avais trouvée particulièrement belle, difficile de savoir d'où viennent les rêves... Tu as rêvé d'elle et dans le souvenir que tu en as gardé, elle jouait pour toi sur une grosse guitare rouge usée, vêtue d'une robe très courte sur des collants épais à rayures, et toi tu pensais est-ce qu'elle va m'embrasser, est-ce qu'elle va m'embrasser. Tu as toujours aimé sa bouche. Elle jouait sur cette guitare des chansons inconnues, très dissonantes, dans cette chambre avec un couvre lit jaune/orange d'une laideur repoussante. Par la fenêtre, on voyait le vert d'une campagne que tu devinais Anglaise. Il y avait quelque chose de fascinant dans son jeu, comme des étincelles jaillissant des cordes de sa guitare à chaque passage de sa main, comme une molette sur la pierre d'un briquet. Et curieusement, les sons qui sortaient de l'ampli ressemblaient à ces crick crick caractéristiques du pouce s'éreintant sur molette d'un briquet vidé de son gaz. Tu regardais Polly Jean brailler sur cette musique étrange, secouant sa grosse guitare rouge sang, tu regardais sa bouche, ses lèvres en te demandant est-ce qu'elle va m'embrasser et tu sentais en toi une chaleur, un désir terrible qui enflait au fur et à mesure. Elle s'est envolée subitement avec ses collants et sa grosse guitare rouge, juste lorsque tu t'es réveillé en fait. Tu n'as jamais su si elle allait t'embrasser...
"What's that colour, Forming around your eyes, Waltz my lover, Tell me that it's all right, Just another, Before you go, go away, Oh my lover, Why don't you just say my name"
Il y avait les premiers mails, ils dataient de 1999, de l'été de l'éclipse. Des premiers mails comme lorsque l'on s'effleure du bout des doigts, sans trop oser. Des échanges de textes, de chansons, des partages lumineux. Au début. Jusqu'à ce mail avec la fin d'Ulysses. Tout a basculé. Les mots sont devenus différents, plus chargés, plus intenses. Il y avait ce message, envoyé d'une borne internet de l'aéroport de Detroit, entre deux avions. En se disant qu'elle regarderait peut être sa boîte, entre ses deux avions à elle. Tout le reste... Il y avait les premiers mails, ils dataient de 2001, l'automne du World Trade Center, et deux ans plus tôt tu atterrissais aux Etats-Unis un 11 septembre. Des plaisanteries au départ, des discussions diverses avec plein de destinataires multiples... et puis les paroles des chansons échangées sont devenues plus ambigues... les autres ont été oublié... et les mots sont devenus une nouvelle fois différents. Une partie du reste... Tu as tout perdu. Tu n'avais pas ouvert ce compte mail depuis trop longtemps, tout a été effacé... ça te rend triste... Non pas que tu allais te plonger régulièrement dans la nostalgie de ces échanges, de ces frissons, de ces émois. Non. Parfois, juste pour retrouver un texte ou vérifier si tes souvenirs ne se sont pas dilués dans le temps assassin. Non. Tu évitais même de lire certains de ces messages. Tu aimais juste les savoir là, à portée de la main. Comme on sait que l'on a, quelque part dans une boîte en carton, des photos comme des instantanés de nos vies passées. Comme l'on sait que perdu dans les méandres de nos connexions neuronales, il y a des souvenirs, des images, des émotions fantômes, qu'un petit détail insignifiant suffit parfois à réveiller. Tu as perdu un bout de ta mémoire, tu as perdu ces mails. C'est dérisoire, complètement dérisoire... Mais c'est comme si on avait volé un morceau de ton passé...
"Leaving no trace of myself around, I scan, I don't see a light, I might have heard rain in the night, I'll choose the next, I'll choose whatever's next"
Elle te donne des frissons, sa voix, fragile, en équilibre... des frissons, de l'émotion... la voix qui résonne comme le silence de la solitude après le brouhaha des rires... l'autre nuit, presque, tu l'aurais appelée, tellement l'angoisse te rongeait les sangs, assis dans le noir de la pièce simplement éclairée par les reflets du lampadaire pénétrant par la baie vitrée, tu y pensais... passer de la lumière aux ténèbres... et ainsi de suite... sur cet album, elle reprend Wild is the wind, et cela devient la chanson désespérée de quelqu'un qui n'aimera plus, un chant d'amour solitaire, un chant terrifiant qui glace le sang et résonne dans la pièce vide... une image qui te fascine...
Ca vibrionne et tu sens le voile angoissant de l'oppression tomber au ralenti... une sorte de peur incontrôlée qui sourd de ton corps... dans ton rêve, la nuit dernière, elle venait s'asseoir à coté de toi, avec son sourire candide, elle touchait ta main de ses longs doigts... tu sentais une telle chaleur, une telle douceur, que ce simple effleurement s'est chargé d'une force érotique fulgurante... ce matin, tu n'as pas osé lui raconter ton rêve, elle était là, face à toi, et tu n'as rien dit, perdu dans le bleu de ses yeux...
"Il y a des intervalles, mais ils existent entre les rêves, et il ne nous en reste aucune conscience. Le monde autour de moi se dissout, laissant çà et là des îlots de temps. Le monde est un cancer qui se dévore lui-même... Je songe que lorsque le grand silence descendra sur tout et partout, la musique enfin triomphera." Henry Miller : Tropique du cancer
Immédiatement, dès qu'elle a commencé à jouer hier soir, tu es tombé amoureux d'elle. Elle était fascinante dans cette petite robe noire dénudant ses épaules... ses épaules que tu voyais onduler au rythme des mouvements de son archet... ses épaules blanches, se détachant sur les tentures noires de la scène... avec les mouvements de sa tête, pour accompagner les accents de la musique... les oscillations de son torse, se penchant en avant, se redressant, semblant chercher un élan supplémentaire pour faire jaillir avec encore plus de force les notes de son burning violin... et toujours son bras droit en arabesque magnifiant la courbe de ses épaules...
Il y avait son sourire également, la joie de jouer que reflétait son joli visage, avec la sueur collant des mèches de cheveux sombres sur ses joues, sur son cou... ce visage habité lorsqu'elle chantait les choeurs à gorge déployée... cette gorge que sa robe mettait en valeur... Tu l'as regardée pendant presque tout le concert, envoûté par le ballet de ses épaules, avec le faisceau des projecteurs caressant sa peau comme des rayons lunaires... Tu aurais aimé, laisser tes doigts jouer avec la ligne fine de sa clavicule, comme les siens couraient sur les cordes de son violon... perdu dans la foule, tes lèvres tremblaient par instant de ne pouvoir se poser au creux de sa nuque... comme lorsque l'appel de la chair se fait brûlure...
Par delà les frontières et les montagnes, on t'envoie cet extrait de Talgo de Vassilis Alexakis : "Sur le flacon, tu avais écrit a l’encre de Chine : Pluie de Paris. J’ai trouvé également ce mot : Je l’ai recueillie avec une casserole, par la fenêtre. Ma manche a été trempée. Grigoris. Même si un jour je ne devais plus t’aimer, il faut que tu saches, Grigoris, que je te serai toujours reconnaissante de m’avoir fait ce cadeau. Quand je serai vieille et qu’on me demandera ce qui s’est passé d’important dans ma vie, je répondrai seulement cela : « On m’a jadis offert un flacon d’eau de pluie. » "
Et toi, tu repenses à un flacon, sur l'étagère de sa cuisine, là-bas... Un flacon de verre blanc, avec une étiquette rectangulaire sur laquelle il est inscrit "UN REVE". Il est sûrement toujours au même endroit. Sur l'étagère, dans sa cuisine. Tu aurais aimé y mettre le tien de rêve dans ce flacon, ce rêve que tu avais fait un samedi après-midi où tu t'étais endormi sur ton canapé... Tu as envie également, de poser chez toi, dans la cuisine, sur le piano, au milieu des piles de disques, sur les enceintes, des flacons remplis de rêves, de pensées, de souffrances, d'espoirs, de larmes, de rires, juste pour les avoir à portée de mémoire. Peut être que tu en offriras certains... Et dans un de ces flacons, tu mettras ton rêve, ce rêve que tu avais fait, un samedi après-midi, où tu t'étais endormi sur ton canapé...
Les trottoirs humides et spongieux. Les trottoirs d'un samedi pluvieux. Des mots dans la tête, comme un écho qui ne s'éteint pas. Un pas. Un autre. Encore un. C'est le monde qui s'enfonce ou toi? Tu te souviens de samedi où tu faisais l'amour tout l'après-midi. Tu marches... Un pas. Un autre. Et dans ta tête ça n'arrête pas. Le film des souvenirs. Des samedis à deux. Au soleil. Une glace au bord du lac. Forcément tu y penses, à cause d'hier. Forcément. Pas désagréable. Des souvenirs pas laids. Elle a dit ça. Pas laids. Ca te fait sourire. Tu marches. Sur les trottoirs spongieux d'un samedi pluvieux. Dans ta tête, le film des espoirs, sur une pellicule un peu passée. Tu marches. Tu t'es arrêté. Juste pour acheter une barquette de fraises...
"The mind is always working, The mind is always turning, Things over and over and over, And over and over"
"Plus personne ne doit venir par ici... même pas toi... ça ressemble à ces usines abandonnées, envahies par les herbes folles se mêlant au métal rouillé... je peux bien raconter ce que je veux du coup, personne lira... j'ai des souvenirs d'enfance avec du métal rouillé, des engins abandonnés, des tôles déglinguées, pourquoi y en avait-il partout avant et plus de nos jours... j'en avais plein les doigts à chaque fois que je les touchais, tous ces objets rouillés qui gisaient au milieu des herbes folles... on dirait ma vie maintenant... j'en avais plein les doigts de ces particules de rouille, et ça laissait une odeur, tous ces fragments oxydés... j'ai l'impression d'avoir grandi au milieu de ça... c'est peut être pour cela que la rouille je l'ai dans le coeur et surtout aujourd'hui si tu savais comme il y a des jours où j'ai le coeur rouillé... je peux bien raconter ça ici maintenant, c'est à l'abandon... peut être que j'ai toujours aimé ces lieux déserts où il ne reste plus que quelques traces du passage des hommes... des traces rouillées sur lesquelles je venais poser mes doigts... peut être que j'espérais en posant mes doigts dessus qu'il sortiraient de leur torpeur tous ces bouts de métal comme j'espère parfois animer le coeur des filles en posant mes mains sur leur corps...
Oui j'ai des souvenirs d'enfance remplis d'herbes folles et de métal rouillé... boogie rouillé, hurlement sourd... c'est peut être pour ça oui, que de la rouille j'en ai plein le coeur maintenant... peut être à cause des larmes aussi... il y a des jours où je sens que ça gagne, y a pas que le coeur, le reste suit... ça ronge... "it's better to burn out than it is to rust"... je crois bien qu'il est trop tard... c'était plein d'orties aussi, sur lesquelles je me piquais les cuisse, je suis d'une époque où l'on habillait encore les petits garçons avec des culottes courtes, pas pratique pour traîner au milieu des orties... peut être que ça m'attirait toute cette rouille, peut être que sans m'en rendre compte c'est ma future vie désagrégée que je touchais du doigt... et ça laissait des traces... va pas attraper le tétanos qu'elle disait la grand-mère, va pas te couper sur ces saloperies qu'on sera obligé de t'emmener à l'hôpital pour te faire des piqûres... mais j'y retournais, tout le temps, à essayer de manoeuvrer ces commandes bloquées, à faire gronder les plaques de tôles pour jouer à l'orage et sur mes doigts, toujours cette poussière ocre de métal en décomposition... ça a une odeur la rouille, une odeur un peu rance, une odeur de vieux... y en a plus maintenant de terrains vagues avec des vieilles carcasses rouillées... c'est fini... on l'a dans le coeur la rouille, dans le coeur, tellement pourri, que si j'y mets le doigt je vais passer au travers...je peux bien raconter ce que je veux, y a plus personne qui passe ici, même pas toi...
Ce que j'ai pu me piquer les jambes, les mains sur ces orties mais j'y retournais toujours... le coeur des filles il pique encore plus fort que les orties mais j'y retourne toujours, pour avoir leur odeur sur le bout des doigts... elles disparaissent aussi, comme les terrains vagues, comme tous ces objets rouillés que j'allais toucher laissant ces petites particules, cette poussière de métal sur mes doigts, qu'il ne fallait pas se frotter les yeux ensuite, pour ne pas s'en mettre sous les paupières que c'en était un cauchemar pour les enlever, comme ça faisait mal bon sang... tiens comme les souvenirs des filles c'est pareil... ça fait mal à chaque fois qu'on cligne les yeux, un supplice, c'est tellement dur à faire partir, même après on sent toujours la douleur... c'est peut être pour ça, à force, que la rouille elle est dans le coeur, on a trop pleuré c'est pour ça, tout est oxydé... je peux bien raconter ce que je veux, y a plus personne ici, je peux m'asseoir dans l'herbe et pleurer, personne me voit... parce qu'aujourd'hui j'en ai envie oui et même que ça ne me fera pas rouiller plus..."
Est-ce que l'on a vraiment existé? A un moment donné. Est-ce que l'on a vraiment existé? Serré ces corps, baisé ces lèvres, senti ces désirs exaltés? Est-ce que l'on a vraiment existé? Dans les champs de l'impossible, il n'y a plus que le passé. Le présent est oublié. Est-ce que l'on a vraiment existé? Ou fait semblant de marcher sur cette ligne en pointillé. On a rêvé. On a couru hors d'haleine, vers des murs hérissés de nos pics angoissés. On a enjambé des précipices où gisent maintenant nos corps assoiffés. On a dévalé les pentes de nos échecs répétés, grisé de nos félicités. On s'est empalé sur les lames acérées de l'oubli. On a vécu pour ces cicatrices, pour ces blessures. Puis on a perdu la trace dans ces fractures assassines. On a croisé trop de gorgones. Et dans nos corps devenus pierre, les rivières de l'espoir se sont asséchées. A t'on vraiment pleuré sur nos amours égoïstes? Caché, honteux, dans nos chambres calfeutrées. Pour colmater les failles de nos douleurs. Nous ne sommes plus que le rayonnement agonisant de nos amours brisées. Le souvenir de la flamme brutale et éphémère du phosphore de nos coeurs jetés dans le bûcher sauvage de nos vanités. You were right about the stars, each one is a setting sun. Est-ce que l'on a vraiment existé? Il ne reste plus sur les murs, que les silhouettes de nos âmes calcinées.
A vrai dire tu ne comprends pas... la vie, les gens, en général, surtout toi... ça te rassure pas et toi, et toi, ça te fait quoi... tu vois, tu vois, ça se ferme de partout, dès que tu sors du noir... même toi tu ne regardes pas... elle ne saura jamais, tout ce qui s'est brisé en toi... tu vois, tu vois, tu n'es plus, là, et surtout pas là-bas... et sur des étagères à défaut de se remplir le coeur, tous ces petits objets en tas, ... tu vois, tu vois... la fuite dans l'inutile à défaut de l'essentiel, quel bla-bla... tu vois, tu vois... à quoi ça sert tout ça... tu vois, tu vois... à vrai dire tu ne comprends pas...
"I could have been alone, that room would have been free Had I not known, had you not been with me"
On finit toujours par revenir quelque part... tu as effacé les photos de Barcelone hier soir sur la carte mémoire de l'appareil photo, plus facile que sur les plaques sensibles de ta mémoire, pincements au coeur... on finit toujours par revenir quelque part... Etretat... tu avais, l'année dernière, écrit une histoire pitoyable (1, 2, 3 & 4) du haut de ces falaises. Tu pensais voir le petit hôtel mais le hasard en a décidé autrement... tu n'as pas voulu chercher. De là-haut, tu as eu envie de t'envoler, porté par le vent... tu aimes cet endroit, le contraste du bleu du ciel, de la mer, et du blanc de la pierre nue... ces hauteurs... ces vides effleurés. Tu as rempli tes poches de galets, plus ou moins gros, plus ou moins ronds, plus ou moins beaux... volés comme on vole des sourires, des regards... pour la table de nuit... pour le buveur de lune... pour que ta main caresse des courbes... des galets parce que tu en rêvais... noir, gris, blanc... des galets de pierre comme des coeurs figés... à jamais muets... On finit toujours par revenir quelque part... le coeur un peu plus lourd, un peu plus froid, mais pas encore de pierre... quelque part...
"Des yeux à casser des cailloux Des sourires sans y penser Pour chaque rêve Des rafales de cris de neige Et des ombres déracinées." Paul Eluard
juste, parfois muet devant la beauté du désir des étreintes tes mains les courbes goûter des lèvres un sexe sous ta langue t'immiscer et les bouches et les sexes qui se mêlent soupirs d'abandon du plaisir irradiant les corps des apaisements des caresses chair contre chair du désir encore...
Ca semble tellement dur parfois, tellement difficile... juste un peu d'intérêt, une petite lueur dans le regard, tu n'oses même plus dire, un peu d'amour... pour rompre le silence, qui n'est pas pire que les banalités, tu te disais ça... ou pas... pour les banalités... mais tu as bien vu, son air effaré, cet après-midi, à la boutique de l'institut du monde Arabe. Elle était, face à un miroir, en train d'essayer une écharpe rouge, une écharpe Tunisienne ou Marocaine tu ne sais plus, d'un beau rouge, si ça se trouve elle était d'ailleurs cette écharpe, mais d'un beau rouge et elle lui allait bien, c'est pour cela que tu as souris, en regardant son reflet dans le miroir. Le rouge, avec le noir de son blouson, de ses cheveux, c'était joli, comme son visage, plutôt pâle, et ses yeux clairs derrière ses lunettes à montures noire. En fait, cela aurait mérité une photo, cette fille, pas belle mais jolie, enfin pas au premier abord, au premier regard, mais si pourtant, se regardant dans ce miroir ouvragé, avec cette écharpe rouge autour du coup et toi tu la trouvais jolie comme ça alors tu as souris, tu as souris en direction de son reflet... Elle t'a vu. Elle a eu un air affolé, le miroir en aurait tremblé... Peut être parce que tu l'avais surprise. Mais ton sourire il voulait dire vous êtes belle avec cette écharpe achetez là et presque même tu lui aurais offert, comme ça, juste pour qu'elle soit belle avec, tu lui aurais offert et tu serais parti, peut être même sans un mot, juste parce qu'elle avait un beau regard et que cette étoffe rouge autour de son cou sur laquelle tombait ses cheveux noirs bon sang que c'était joli, avec les deux petits reflets bleus de ses yeux. Elle a eu un air affolé, même pas étonné non, un air d'interdiction, un air de reproche. Alors tu as tourné la tête... le plus décevant est qu'elle a reposé l'écharpe, tu le sais, tu l'as vu faire... elle était pourtant tellement jolie avec... elle n'a pas su le voir...
Il y a eu un orage violent cet après-midi... des trombes d'eau. Tout était terminé en 15mn... tu as trouvé ça bien. Tu ne sais pas pourquoi... peut être juste parce qu'il s'est passé quelque chose...
"Ils vont devenir fous, on s'attend donc au pire, il faut en profiter, on a pas tous les jours, de la neige en été"
On dirait le sud... Et puis non. C'était juste la chaleur ou tu ne sais quoi, juste une pensée fugace comme ça. On dirait le sud... Il y a la chaleur mais il manque tout le reste. Ou bien est-ce le sud qui te manque... De toute manière, tu as toujours un ailleurs qui te manque... à se demander si parfois tu regardes devant toi, mais oui bien sûr et là c'était étonnant en longeant le jardin du Luxembourg, tu sentais comme un vent surréaliste, tu t'es demandé un instant si un paquebot géant n'allait pas remonter le boulevard St Michel. Ca t'a traversé l'esprit. Peut être juste une envie de folie. Ou les insomnies. Parce que la nuit dernière... des mélodies citroniques plein la tête... des histoires à ne plus savoir qu'en faire. Abracadabrantes. Jusqu'à des trois, quatres heures... le paquebot à coté ça fait sourire... "[...] d'autant plus que j'avais beau me retourner et me retourner encore sur le petit plumard je ne pouvais accrocher le plus petit bout de sommeil. Même à se masturber dans ces cas-là on n'éprouve ni réconfort, ni distraction. Alors c'est le vrai désespoir." écrit Céline dans Le voyage... Même pas le désespoir. Non. Rien. A te demander si ce n'est pas pire. Rien.
"Try to re-imagine me And I’ll re-invent myself Still I remember scenes Of when you looked at someone else
I know a ghost can walk through the wall Yet I am just a man still learning how to fall "
La chaleur, l'été, d'un seul coup... un peu de forces supplémentaires... pour te persuader... dans la rue, les corps se dévoilent, épaules, poitrines, ventres, et tu tournes la tête à droite, à gauche... à gauche plus, pour les sourires... Andrew Bird, merle siffleur, hier soir, s'agitant parfois comme une marionnette folle avec son violon, et le ballet des notes et des lumières éphémères s'envolant dans l'air chargé... éphémère comme ces dessins de sable et de vent en excipit chez elle... des grains de sables balayés de la main et tu en fais partie... perdu au milieu des autres, comme dans les rues, avec ces filles qui passent et tu tournes légèrement la tête sans t'en rendre compte, à gauche, à droite... pour rien... avec tes mains, ton corps, redevenus muets...
Dresden Dolls : Dresden Dolls
Herman Düne : Not on top
The Arcade Fire : Funeral
Beastie Boys : Licensed to ill
Nirvana : When the lights out
Eels : Blinking lights and other revelations
Calla : Televise
Sebadoh : Harmacy
Blonde Redhead : Misery is a butterfly
Diabologum : #3
P.J Harvey : Dry
Smog : Rain on lens
Gang of four : Entertainment !
Stereolab : Oscillons from the anti-sun
Hood : Outside closer
Cat Power : The cover records
I am Kloot : Gods and monsters
Antony and the Johnsons : I'm a bird now
Sonic Youth : Goo; Washing machine
Pinback : Summer in abadon
Maximo Park : A certain trigger