Kill Me Again (Kill me Sarah, Kill me AGAIN with love...)
(Chroniques égocentriques : The Soundtrack Of Your Life)
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jeudi, juillet 17, 2003

La Baule : 12ème jour

La pluie. La pluie, le gris presque toute la journée. Une ambiance étrange. Et les rues, de plus en plus désertes. On n'y croise que quelques âmes égarées, toujours aussi insouciantes. On se croirait à la morte saison. Morte saison, le nom est bien trouvé même si on ne sait pas où sont passé toutes les personnes qui étaient ici avant.

A. s'est réveillée tard. Tu es venu la rejoindre dans le lit et vous n'avez fini par ne sortir qu'à midi. Il ne manque que les feuilles balayées par le vent pour que La Baule ressemble vraiment à une ville fantôme. Certaines boutiques sont fermées, les voitures se font nettement plus rares. Les nuages masquent le ciel d'une longue traîne grise se reflétant sur l'océan.

Depuis qu'elle s'est levée, A. paraît soucieuse, inquiète.

- Cela devient terrifiant ici, on se croirait dans un mauvais film d'horreur. Sauf qu'il ne se passe rien. On est peut être juste confronté à nos propres cauchemars. Je ne suis pas certaine de pouvoir les affronter dit-elle.
- Le monde vacille comme la flamme d'une bougie mais que faire? Rien ne nous dit que la situation serait différente ailleurs. Je pense même que cela a du gagner une bonne partie du territoire si je m'en tiens à ce que j'avais vu vendredi dernier. Le tout étant de savoir si je n'ai pas rêvé tout cela.
- On ferait le même rêve alors dit-elle. Est-ce possible que deux personnes fassent le même rêve, qui frôle parfois le cauchemar, en même temps? Mais je préfèrerai cette explication à toute autre.

Vous êtes allé au centre ville. Comme l'insouciance et la joie de la journée d'hier semblaient loin sous ce crachin persistant.

Soudain, A. se retourna et vint se blottir contre toi, te serrant fortement contre elle :

- Partons B., je ne peux plus rester ici.
- Partir où répondis-tu. Si c'est pour retrouver la même désolation ailleurs, je préfère rester ici, au moins l'océan et le ciel ont conservé leurs couleurs.
- Le ciel est le même partout B. Et peut être qu'ailleurs…
- Si seulement tu pouvais avoir raison mais… et tu ne finis pas ta phrase, accablé par ce pressentiment que le monde entier était en train de disparaître.

En tenant la main, elle t'amena jusqu'à la gare de La Baule qui ressemble à une maison normande avec ses colombages blancs. Elle était déserte. Il n'y avait pas âme qui vive derrière les guichets.

- Je vais louer une voiture pendant que je peux encore le faire, j'ai vu que l'agence de location était ouverte, et je partirai ce soir. J'arriverai peut être à te convaincre d'ici là dit-elle.

Tu aurais aimé la rassurer, mais tu n'as jamais été fort pour cela. Tu ne savais pas non plus comment lui expliquer que tu ne pouvais te priver de la vue de l'océan. Celui-ci semblait exercer sur toi une attirance féerique.

- Reste, ça ne sert à rien de partir. Je n'ai pas envie que tu t'en ailles lui dis-tu.
- Je n'ai pas envie de partir, surtout sans toi, mais je ne supporte plus cet endroit répondit-elle.
- Il y a l'océan et le gris sera le même ailleurs. Le phénomène est arrivé par la mer, peut être qu'il s'en ira de la même manière.
- J'aimerai pouvoir te croire, j'aimerai…

A. alla louer sa voiture. Tu restais sur le trottoir, essayant de trouver les arguments qui pourraient la faire rester. Mais tu n'as jamais eu non plus une grande force de persuasion. Ton fatalisme habituel prenait une nouvelle fois le dessus, et tu es trop respectueux des décisions des autres pour trop essayer de leur faire changer d'avis, même si cela va à l'encontre de ce que tu souhaites. A sa sortie de l'agence de location, près de la gare, A. baissait la tête. Tu l'as prise dans tes bras.

- Je ne pars pas tout de suite dit-elle. Nous verrons plus tard. Ne parlons plus de ça pour le moment. Allons prendre un chocolat chaud.

Dans le café tu essayas de la faire sourire et elle se détendit peu à peu. Mais l'inquiétude tirait les traits de son visage. Elle était d'une beauté fragile, désespérée, terriblement attirante.

Vous êtes resté un long moment dans ce café puis vous êtes rentré à ton appartement dans la clio, grise, forcément grise, de location de A.

Tu brûlais de désir pour elle et l'enlaçais passionnément dans l'ascenseur. Dès la porte de l'appartement passée, tes mains se glissèrent sous ses vêtements, tes lèvres dévoraient les siennes, son cou, sa poitrine. Vos pas vous amenèrent près du lit, face à l'océan, dans une étreinte passionnée…

En fin de soirée, le soleil refit son apparition. Le ciel encore chargé de nuages teintait l'océan d'un vert sombre et profond, comme si un pinceau géant était venu poser sa couleur d'un geste ample. Tu es resté un long moment sur le balcon, dans le vent frais qui faisait naître des frissons sur tes bras, comme hypnotisé par le déroulement des vagues à la surface de l'eau. La rue en contrebas de ton immeuble était presque déserte. Seule une voiture passait de temps en temps, tu n'apercevais aucun piéton. A. était derrière toi, silencieuse. Puis elle vint se serrer dans ton dos.

- Je… je partirai tout à l'heure dit-elle. J'en ai besoin, ce n'est pas contre toi. Je ne chercherai pas à te convaincre de partir avec moi. Tu sembles avoir besoin de rester ici autant que moi j'ai besoin de partir. On s'appellera et quand tout ça sera terminé ou que tu ne seras plus obnubilé par l'océan, on se retrouvera. Tu vas me manquer ajouta-t-elle après un silence.
- Toi aussi, toi aussi dis-tu en te retournant pour la serrer contre toi et l'embrasser.

Puis un peu avant 23h00, A. se releva du lit où vous étiez allongé.
- Je…
- Ne dis rien, je n'aime pas les adieux. Tu n'as pas besoin de parler. Et moi je n'y arrive pas…
Tu es resté quelques instants dans le silence, la serrant dans tes bras, des instants qui t'ont parus beaucoup trop courts. Puis, avec des gestes lents, comme au ralenti, A. se baissa pour attraper son sac, vint écraser ses lèvres sur les tiennes une dernière fois. Celles-ci avaient toujours le goût des framboises mures.
- Ne descends pas, sinon je n'arriverai pas à partir dit-elle. Je t'appellerai demain matin.

Et elle franchit la porte sans bruit. Tu allas sur le balcon, la lune brillait entre les nuages, tu la vis descendre le chemin qui serpente au milieu des pins pour arriver à la rue. Elle se retourna. Son sourire était triste, comme figé. Tu la regardais fixement et une chanson de Tom Waits te revint à l'esprit, comme une lente mélopée à la mélancolie renversante. Tes lèvres murmuraient les paroles pendant que tu la regardais monter dans sa voiture et démarrer lentement. A. sorti son bras par la fenêtre, tendit la paume de sa main vers toi, puis serra son poing. Il t'a semblé qu'elle le serrait fort, presque à s'en écorcher la paume avec ses ongles, puis elle disparut après le rond point, et tout sombra dans un silence sépulcral. Seules tes lèvres murmuraient toujours cette chanson. Alors la lune se voila pudiquement derrière les nuages, comme pour respecter ta douleur.

" And you dance into the shadow of a black poplar tree
And I watched you as you disappeared
I watched you as you disappeared
I watched you as you disappeared
I watched you as you disappeared"

Tom Waits : Watch her disappear

Kill Me Sarah | 16:38 |


Ego
Sexe : M / Age : 44
Profession : Aucun interet
Situation : Helplessly Hoping

14 jours à La Baule (Pdf)

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