Kill Me Again (Kill me Sarah, Kill me AGAIN with love...)
(Chroniques égocentriques : The Soundtrack Of Your Life)
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vendredi, juillet 18, 2003

La Baule : 13ème jour

"And the signs said, The words of the prophets
are written on the subway walls
And tenement halls.
And whisper'd in the sounds of silence."

Simon & Garfunkel : The sound of silence

Un silence assourdissant règne sur La Baule ce matin. "Sometimes the silence can be like the thunder" chante Bob Dylan. Et c'était exactement ça. Le silence était comme un fracas insupportable. Plus une voiture dans les rues, plus une personne, plus un animal. Rien. Lorsque tu as ouvert la porte fenêtre donnant sur le balcon à ton réveil, tu as l'impression d'ouvrir la porte d'un tombeau millénaire enseveli dans le silence. Tout semble mort bien que mort ne soit certainement pas le terme exact puisqu'il n'y a aucune trace de la population. Tout semble s'être désintégré, volatilisé. Plus une mouette ne volait dans le ciel, plus un seul bateau naviguant à l'horizon. Plus rien. Sauf toi, qui reste hébété sur ton balcon, frissonnant dans le vent frais du matin, tant par ce silence que par le vide causé par l'absence de A. Tu n'arrivais pas à discerner ce qui était le plus difficile à accepter. Cette ville morte dont seul le bruit du vent dans les arbres venait troubler la quiétude mortuaire, ou la solitude. L'intérieur de ton corps, de ton esprit, te paraissait comme cette ville, vide et uniquement balayé par le vent.

Hier soir, dès son arrivée dans la nuit, A. t'avait appelé. La situation chez elle était la même qu'ici, même si ce matin elle t'a dit qu'elle trouvait qu'il y avait un peu plus de monde dans les rues qu'à La Baule. Tu sais que cela ne durera pas. Depuis le départ de A. hier soir, tout semble s'être accéléré. Ce midi, lorsque tu l'as appelée de nouveau, tu l'entendais masquer ses larmes.

- Que vas-tu faire lui demandas-tu
- Je ne sais pas je verrai ce soir, je… plus tard, je ne sais pas là dit-elle dans un souffle.

Depuis cet appel, tu n'as pas réussi à la recontacter. D'ailleurs ce soir, plus personne ne répond au téléphone, tu as essayé tous les numéros en mémoire dans ton appareil. Tu penses à ta fille, espérant encore vaguement que juste l'absence de ses grands parents puisse expliquer ce silence. Tu voudrais y croire. Mais même la télé ne diffuse plus qu'un brouillard neigeux sur toutes les chaînes et aucune radio n'est captable, nulle part…

Après avoir eu A., tu ne savais plus quoi faire, désemparé devant cette ville fantôme. Tu avais l'impression de régner sur un monde qui venait de rendre son dernier souffle après une agonie fulgurante.

Tu es parti au centre ville, certaines boutiques étaient ouvertes, signe que ce matin encore des personnes étaient encore là mais avaient disparu depuis. Par chance, le cybercafé était désert mais ouvert et le réseau fonctionnait, tu en as profité pour poster les comptes rendus des derniers jours.

Et puis, pris d'une inspiration subite, d'un besoin de marquer ta présence, de laisser une trace, tu as réussi à trouver, dans une sorte de quincaillerie où tu as réussi à te glisser par une fenêtre entrouverte, des bombes de peinture. Tu en as pris des noires et des blanches, il a fallu que tu vérifies les coloris sur l'étiquette. Tu voulais être certain qu'on puisse voir ce que tu voulais écrire. Puisqu'il n'y a plus de couleurs, le noir et le blanc ferait l'affaire.

Puis tu t'es rendu sur le front de mer. C'était là que tu voulais laisser une trace, face à l'océan toujours aussi bleu sous le ciel dégagé et ensoleillé. Et sur les façades des immeubles, tu as commencé à taguer des inscriptions. Des mots sans réelle signification, des paroles de chansons. Sur la façade blanche d'un immeuble, tu as écrit "POURQUOI?" en lettres géantes. Puis, plus loin, "I WANT YOU, YOU'RE DRIVING ME MAD". Alors tu as continué à taguer des paroles de chansons des Beatles tout le long de cette grande avenue. Tu crois bien que la folie avait complètement gagné ton esprit à ce moment là, tu hurlais dans le silence les mots que tu peignais. Tu as même escaladé des balcons pour aller inscrire "HAPPINESS IS A WARM GUN" sur une façade sans que tu saches pourquoi. La haine t'avait gagné mais contre qui l'exercer, contre qui la tourner. Alors parodiant Jim Morrison, tu as inscrit "I HATE THE WORLD AND I HATE IT, NOW". Sur le parapet du remblai, tu as inscrit ce qu'il te semblait être la seule et l'unique vérité maintenant : "I AM THE WORLD'S FORGOTTEN BOY !!!", sauf que tu ne cherches pas et que c'est toi qui est détruit.

Tu sentais à ce moment là, que les derniers fils ténus de ta raison étaient en train de s'effilocher. Oui, tu as perdu toute raison, c'est la seule explication, cela ne peut être que la seule explication. Alors, sur cette avenue à deux voies séparées par un terre-plein central engazonné, en lettres blanches énormes recouvrant toute la largeur de la voie, tu as inscrit ce passage de Macbeth :

"It is a tale told by an idiot, full of sound and fury, signifying nothing"

Ce soir, calmé après la vaine débauche d'énergie de cet après-midi, anéanti par ce téléphone qui sonne dans le vide, par la certitude que le monde entier s'est désintégré ou est sur le point de l'être totalement, tu es parti t'asseoir sur la plage pour regarder l'océan. Celui-ci semblait te braver par sa force insolente et son bleu tirant sur le vert. Son implacable sérénité te devenait insupportable, mais tu ne pouvais en détacher ton regard. Alors tu t'es mis à hurler tes questions à l'océan, même si tu savais que tu n'aurais pas de réponse, même en sachant que tu n'aurais jamais de réponse.

"Pourquoi suis-je encore là? Pourquoi n'ai-je pas disparu comme les autres? Pourquoi dois-je subir ces épreuves maintenant insoutenables? Pourquoi moi? Pourquoi m'épargner? POURQUOI M'EPARGNER?". Et l'océan ne répondit pas, continuant de faire déferler ses vagues, dans lesquelles tu donnais des coups de pied violents en hurlant "pourquoi? pourquoi? pourquoi?".

Puis tu t'es rassis, ruisselant de sueur et d'écume. Tu avais pris en passant des bouteilles de vin sur un présentoir abandonné en te rendant sur la plage. Tu as commencé à boire, et tu t'es mis à construire un château de sable avec tes seules mains au bord des vagues; construisant maladroitement des murs que tu savais éphémères, comme un défi perdu d'avance. Tu es resté à le regarder se disloquer sous les vagues de la marée montante. Comme ce monde, les couleurs, les gens ont fini par disparaître, ton château a disparu…

Puis, grisé par l'alcool, tu t'es allongé sur le sable, regardant le ciel et les étoiles. Pensant à toutes les personnes disparues. Des larmes de tristesse et d'impuissance coulaient sur tes joues. On dit qu'il y a une étoile qui brille pour chacun de nous. Dans le ciel, il y en avait toujours des milliers qui brillaient. Tu pensais à A. qui avait traversé ta vie comme une étoile filante déchire la nuit de son voile lumineux. Puis tu te dis que, peut être, la seule étoile qui s'était éteinte, la seule qui ne brillait plus au firmament depuis tous ces évènements, c'était la tienne. Le monde n'avait pas disparu mais il t'avait englouti.

Tu es rentré en titubant dans les rues désertes et tu t'es effondré tout habillé sur ton lit, assommé.

Il est 4h00 du matin, tu es sorti de ton sommeil brutalement et tu sais que tu ne dormiras plus. Tu as essayé une nouvelle fois de téléphoner, mais personne n'a répondu. Tu écris ces mots juste éclairé par la lumière blafarde de l'écran du portable, et tu sais maintenant pourquoi tu étais fasciné par l'océan depuis le début. Demain, tu sais que ce cauchemar se terminera, d'une manière ou d'une autre, et tu sais ce que tu dois faire pour cela.

Kill Me Sarah | 11:43 |


Ego
Sexe : M / Age : 44
Profession : Aucun interet
Situation : Helplessly Hoping

14 jours à La Baule (Pdf)

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